Bistro à manger

HISTORIQUE

Les murs de EMILE parlent

 
jean-pierrePar Jean-Pierre

Emile Bistro se trouve à l’angle formé par la rue Augustin Delporte (du nom d’un pionnier du Congo) et l’avenue Emile de Béco (du nom d’un ancien gouverneur de la Province du Brabant) sur le territoire de la Commune d’Ixelles. Vous y rendre, c’est s’imprégner de la mémoire d’Ixelles « la demeure des aulnes). Cette maison construite au cours des premières décennies du siècle passé a toujours eu une vocation de débit de boissons. Elle est située dans l’ancien quartier du cygne (Zwaenenberg) qui était l’un des plus anciens hameaux d’Ixelles et qui remonte aux origines de la Commune au XIIIème siècle.Rien d’étonnant donc à ce que l’un des anciens noms de l’établissement fût « la brasserie du Cygne ».
 
L’activité brassicole a toujours été intense à Ixelles. Certains noms de rue en attestent. Non loin de Emile Bistro : rue de la Brasserie, rue du Serpentin, rue de la Levure, rue de la Cuve, rue de l’Orge, qui fut rebaptisée rue des Liègeois après la première guerre mondiale.
 
A deux pas d’Emile Bistro s’élevaient les bâtiments de la Brasserie Léopold qui ont été démolis et où se dressent maintenant les imposantes annexes du Parlement Européen.
 
Emile Bistro est également situé non loin du site classé des Etangs d’Ixelles en bordure desquels se trouvait la Brasserie Lannoy dont les bâtiments furent démolis pour faire place au Square de Biarritz (Commune des Pyrénées Atlantiques jumelée avec Ixelles) et son bâtiment en ellipse.
 
Emile Bistro s’appelait donc Brasserie du Cygne dans les années 1930. A moins de cent mètres, il y avait un ballodrome. La balle pelote était un sport très populaire et répandu à l’époque où les rues n’étaient pas engorgées de voitures.
 
Le café était exploité par un couple dont la fille, Maria, allait assurer l’exploitation ultérieurement et jusque dans les années soixante.
 
Durant la grande tourmente de 1940-45, Maria faisait de la Résistance ; elle portait des messages cachés dans le guidon de son vélo. L’exploitation du Bistro n’a jamais été interrompue.
 
Dans les années 1950, Maria prit la succession de ses parents. Le mobilier de la Brasserie du Cygne, se compose de tables et de chaises en bois clair. Une banquette en bois court le long des murs et le comptoir en bois noble également sépare l’appartement privé de Maria et Joseph de la salle où prend place la clientèle.
 
En poussant la porte d’Emile Bistro, le client peut entendre parler les murs.
 
Le comptoir et les banquettes sont à la même place même si la qualité du bois a changé. L’appartement privé est devenu la cuisine et la porte a disparu mais l’accès est le même. La clientèle nombreuse est composée des gens du quartier (voisinage rime avec village à l’époque) mais aussi de gens de passage.
L’endroit est stratégique et sert de relais entre le quartier du cimetière d’Ixelles et le non moins commerçant quartier de la Place Flagey. Les clients jouent aux cartes, discutent, commentent l’actualité ou les résultats sportifs. La télévision n’a pas encore envahi les chaumières mais une banderole autocollante apposée au bas de la vitre de façade annonce aux passants que « dans cet établissement, il y a la télévision. » C’est ainsi que le jour du mariage du Roi Baudouin en décembre 1960, Joseph et Maria avaient disposé les chaises comme dans une salle de cinéma et firent bonne recette.
 
A la fin des années 1960, le café fut exploité par Maggy et Aimé. Cela s’appelait toujours la Brasserie du Cygne.
 
Leur succédèrent Liliane et Hugo, un couple belgo-chilien. Ils incarnent le changement et baptisent l’établissement « les Trois Caballeros ».
 
Il y a une ébauche de restructuratio. Suivra un court intérim exercé par Benoît, un brave garçon qui entraîna à son corps défendant l’établissement dans un naufrage corps et biens.

La suite fut plus heureuse avec l’arrivée de Anne-Catherine et Raoul.
L’établissement change à nouveau de nom. En face, là où se trouve maintenant une pizzeria, se trouvait une agence bancaire de la défunte CGER. Donc, il y circule de l’argent et le client traverse la rue pour vérifier ses extraits de compte devant un café ou un verre de bière, comme le faisaient les gens par le passé au sortir des nombreux commerces de proximité qui égayaient le quartier (boucheries, épiceries, boulangerie…).
 
Lorsque vous pousserez la porte d’Emile Bistro, vous entendrez peut-être l’écho du marteau du cordonnier d’en face enfonçant des clous dans les semelles abîmées. Puisque les gens vont chercher ou déposer de l’argent à la banque, Anne-Catherine et Raoul décident d’appeler l’établissement « le Spoerpot » ce qui veut dire « Tirelire » en bruxellois !
Nous sommes au milieu des années 1990… c’est Anne-Catherine qui assumera seule la direction de l’établissement entourée d’un staff de serveuses, serveur, et cuistots d’égale compétence jusqu’à son décès en 2008.
 
En se rendant au Spoerpot, les anciens ne se sentaient pas dépaysés et les plus jeunes s’y sentaient à l’aise. La cuisine était simple mais bonne, à l’instar de l’ambiance qui y régnait.

Au décès d’Anne-Catherine, il y eut un court intérim assuré par sa sœur puis l’établissement fermé pendant plusieurs mois pour transformations voulues par le nouvel acquéreur.
En 2009, Behron reprend l’établissement sous le nom de « Boléro ». Le succès le boude.
Lui succèdent, Hugues et Stéphanie qui baptisent l’établissement de l’étonnante appellation de « On m’a dit ».

 
Et aujourd’hui, EMILE vous tend les bras.
 
Jean-Pierre, mars 2012.

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